À retenir
Le cadre RGPD et Code du travail applicable à vos campagnes de phishing simulé et au suivi des micro-learnings : formalités préalables, usage des résultats et fiche de registre prête à compléter.
Les campagnes de phishing simulé et le suivi des micro-learnings produisent des données sur vos collaborateurs. Cet article vous aide à les exploiter dans un cadre conforme au RGPD et au Code du travail, et vous donne les éléments dont votre DPO a besoin.
Cet article est fourni à titre d'information générale et ne constitue pas un avis juridique : votre DPO reste votre interlocuteur pour toute décision propre à votre organisation.
En résumé
Vous êtes responsable de traitement, Kamaé est votre sous-traitant.
Trois formalités avant votre première campagne : information préalable des collaborateurs, consultation du CSE, inscription à votre registre.
La finalité est pédagogique. Les résultats des simulations ne doivent pas servir de fondement à une sanction disciplinaire.
Pilotez au niveau agrégé. Le niveau individuel n'a de sens que pour proposer de la remédiation à la personne concernée.
1. Qui est responsable de quoi
| Rôle | Responsabilités |
Votre organisation | Responsable de traitement | Détermine les finalités, choisit les populations et les scénarios, informe les collaborateurs, consulte le CSE, tient son registre, répond aux demandes de droits |
Kamaé | Sous-traitant (art. 28 RGPD) | Traite les données uniquement sur vos instructions, sécurise la plateforme, encadre ses propres sous-traitants, vous assiste en cas de demande de droits ou de violation |
Conséquence pratique : les formalités décrites ci-dessous vous incombent. Nous ne pouvons pas les accomplir à votre place, mais nous vous fournissons tout ce qu'il faut pour les remplir vite.
2. Les trois formalités avant votre première campagne
Une campagne de phishing simulé mesure le comportement de vos collaborateurs. À ce titre, elle relève des règles applicables à tout dispositif de mesure de l'activité au travail.
2.1 Informer les collaborateurs, en amont
Article L.1222-4 du Code du travail : aucune donnée ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté à la connaissance des personnes concernées avant sa mise en place. Les articles 12 à 14 du RGPD imposent en parallèle une information claire sur le traitement.
Une objection revient souvent : prévenir, n'est-ce pas ruiner l'effet de surprise ? Non, car l'information porte sur l'existence du dispositif, pas sur le calendrier. Annoncer « des simulations de phishing auront lieu au cours de l'année, sans préavis » suffit à remplir l'obligation tout en préservant totalement la valeur pédagogique de l'exercice.
Modèle de communication à adapter :
Modèle de communication à adapter :
Dans le cadre de notre programme de sensibilisation à la cybersécurité, des simulations d'e-mails de phishing seront envoyées ponctuellement sur nos messageries professionnelles, sans préavis. L'objectif est exclusivement pédagogique : vous permettre de vous entraîner à reconnaître une tentative réelle, et nous permettre de mesurer l'exposition globale de l'entreprise.
Les données traitées sont l'ouverture de l'e-mail, le clic éventuel sur le lien et la soumission éventuelle du formulaire. Aucun mot de passe saisi n'est transmis ni conservé.
Ces résultats ne feront l'objet d'aucune sanction disciplinaire. Un collaborateur qui se fait piéger reçoit un module de formation, pas une remarque.
Vous accédez à vos propres résultats à tout moment depuis la plateforme. Pour toute question ou pour exercer vos droits : [contact DPO].
Le canal importe peu (note interne, intranet, charte informatique, livret d'accueil) mais gardez une trace datée : c'est elle qui prouvera l'antériorité de l'information.
2.2 Consulter le CSE
Article L.2312-38 du Code du travail : dans les entreprises de 50 salariés et plus, le comité social et économique doit être consulté avant la mise en place de tout moyen ou technique permettant un contrôle de l'activité des salariés.
C'est l'étape la plus souvent oubliée, et celle qui fragilise le plus un dispositif en cas de contentieux. Elle se traite en une fois, pour le programme dans son ensemble : il n'y a pas à reconsulter avant chaque campagne.
2.3 Inscrire le traitement à votre registre
Article 30 du RGPD : le traitement doit figurer dans votre registre. Une fiche pré-remplie est fournie en section 6 de cet article, il ne vous reste qu'à compléter les champs propres à votre organisation.
2.4 Et la proportionnalité
Article L.1121-1 du Code du travail et article 5.1.c du RGPD : le dispositif doit rester proportionné à son objectif. En pratique, cela veut dire viser une fréquence de campagne raisonnable, ne pas cibler nominativement des individus sans motif pédagogique, et ne collecter que ce qui sert la sensibilisation.
3. La règle d'or : pas de sanction sur la base des résultats
C'est le principe le plus important de cet article, et il découle de la finalité que vous avez déclarée. L'article 5.1.b du RGPD interdit de traiter des données d'une manière incompatible avec la finalité pour laquelle elles ont été collectées : vous avez annoncé un objectif pédagogique, les réutiliser pour fonder une sanction constitue un détournement de finalité. S'y ajoute une évidence souvent oubliée : se laisser piéger par une simulation traduit un besoin de formation, pas une faute.
La position de Kamaé est sans ambiguïté : aucune sanction disciplinaire ne devrait être prise sur le fondement des résultats des tests.
Un arrêt de la Cour de cassation du 24 juin 2026 (n° 24-22.792) est parfois cité comme une autorisation d'utiliser ces résultats à des fins disciplinaires. Il faut le lire précisément : il concernait un détournement volontaire et massif du dispositif, la production de la preuve a été admise au terme d'un contrôle de proportionnalité, et la censure porte sur la seule indemnisation du salarié. Mais le traitement est resté qualifié d'illicite par les juges du fond, et à aucun moment la Cour n'a jugé qu'un clic sur une simulation constituait une faute.
Le suivi des formations obligatoires est un cas différent
Une confusion revient souvent : « ne pas avoir suivi la formation assignée » et « avoir échoué à une simulation » sont traités comme un même manquement. Juridiquement, ce sont deux situations très différentes.
Ne pas réaliser une formation rendue obligatoire est l'inexécution d'une tâche professionnelle. La donnée de la plateforme établit alors un fait simple et vérifiable : le module n'a pas été fait. Cet usage est comparable à celui de n'importe quel outil de suivi de formation et peut légitimement s'inscrire dans votre cadre disciplinaire, à trois conditions : que le caractère obligatoire ait été explicitement porté à la connaissance des collaborateurs, que du temps de travail leur ait été alloué pour s'en acquitter, et que la possibilité d'une suite disciplinaire ait été annoncée avant la collecte plutôt que découverte après.
Échouer à une simulation est autre chose. Le comportement mesuré a été provoqué par un dispositif conçu pour tromper, la mesure est techniquement imparfaite (un clic peut provenir d'un volet de prévisualisation, d'une passerelle de sécurité qui déréférence les liens ou d'un outil de protection qui teste l'URL), et l'échec traduit un besoin de formation plutôt que l'inexécution d'une obligation. Un échec répété, en particulier, démontre d'abord que la remédiation proposée jusqu'ici n'a pas fonctionné pour cette personne.
« C'est prévu dans notre règlement intérieur, validé par le CSE »
L'objection est sérieuse et elle règle une partie du sujet. Le règlement intérieur fixe légitimement la nature et l'échelle des sanctions (art. L.1321-1 du Code du travail), et son passage devant le CSE (art. L.1321-4) purge les questions d'information préalable et de consultation. Si vos collaborateurs ont été informés, avant toute collecte, que le suivi du programme est obligatoire et que son non-accomplissement est susceptible d'être sanctionné, la finalité disciplinaire a été déclarée et il n'y a pas de détournement de finalité. Veillez alors à ce que votre registre reflète cette finalité.
Deux limites subsistent.
Le règlement intérieur ne peut pas comporter de dispositions apportant aux droits des personnes des restrictions qui ne seraient ni justifiées ni proportionnées (art. L.1321-3). L'inspection du travail peut à tout moment en exiger le retrait ou la modification (art. L.1322-1).
En cas de contentieux, le juge apprécie la proportionnalité de la sanction indépendamment de ce que prévoit le règlement. Une clause ne sécurise pas une sanction dont le fondement est faible.
C'est pourquoi la distinction précédente compte : adossée au non-suivi d'une formation obligatoire, une mesure disciplinaire repose sur un fait établi ; adossée au seul résultat d'une simulation, elle repose sur un fait ambigu que vous avez vous-même provoqué. Dans tous les cas, faites valider la rédaction de ces clauses par votre DPO et votre direction juridique.
Et si un comportement manifestement malveillant apparaît
Cela peut arriver : un collaborateur qui clique systématiquement et volontairement, ou qui cherche à saboter le dispositif. Dans ce cas, sortez du cadre pédagogique plutôt que d'en détourner les données : traitez le sujet comme un incident de sécurité à part entière, avec ses propres constats, sa propre base légale et l'implication de votre DPO et de votre direction juridique. N'improvisez pas à partir d'un tableau de bord de sensibilisation.
4. Ce que Kamaé collecte, et pendant combien de temps
Données traitées
Catégorie | Données | Pourquoi |
Identité | Nom, prénom | Personnalisation des parcours et des attestations |
Contact professionnel | Adresse e-mail professionnelle | Envoi des modules et des simulations |
Organisation | Équipe, population | Restitution des résultats par périmètre |
Comportement | Envoi, ouverture de l'e-mail, clic sur le lien, soumission du formulaire, signalement | Mesure de l'efficacité de la sensibilisation |
Technique | Horodatage, adresse IP, type d'appareil et de navigateur associés à ces événements | Fiabilité de la mesure et distinction des événements automatiques |
Formation | Modules suivis, progression, résultats des exercices | Suivi pédagogique |
Deux précisions utiles pour votre DPO :
Le contenu des formulaires n'est pas conservé. Sur une fausse page de phishing, seul le fait qu'une soumission a eu lieu est enregistré. Les mots de passe éventuellement saisis ne sont jamais transmis aux serveurs de Kamaé.
Les données techniques (IP, navigateur) sont visibles dans la chronologie détaillée d'un résultat individuel, côté administrateur. Pensez à les mentionner dans votre fiche de registre.
Qui voit quoi
Le collaborateur accède à ses propres résultats depuis son espace, et reçoit une notification à la clôture de chaque campagne l'invitant à les consulter.
Les administrateurs que vous désignez accèdent aux résultats individuels de leur périmètre.
La visibilité des résultats individuels dépend donc entièrement des droits que vous attribuez. C'est votre principal levier de minimisation : voir Gestion des droits utilisateurs.
Hébergement et durées
Hébergement en France, chez Scaleway (certifié ISO 27001). Chiffrement en transit (TLS) et au repos (AES-256).
Liste des sous-traitants ultérieurs et localisation : voir notre politique de confidentialité.
Conservation : les données sont conservées pendant la durée de la relation contractuelle. À compter de la suppression d'un utilisateur sur la plateforme ou de la résiliation de l'abonnement, elles sont définitivement supprimées dans un délai de trois mois.
Si votre politique interne impose une durée plus courte pour les données comportementales, deux leviers : supprimer les comptes des collaborateurs sortis dès leur départ, et cadrer la conservation de vos propres exports (voir ci-dessous).
5. Bien exploiter les résultats
C'est ici que se joue l'essentiel, et c'est la question qui nous est le plus souvent posée : qu'est-ce qu'on fait des données à la fin d'une campagne ?
Pilotez à l'agrégé. Le taux de clic par population, son évolution d'une campagne à l'autre, la comparaison entre scénarios : voilà les indicateurs qui décrivent votre exposition réelle. Un résultat individuel isolé ne dit rien de fiable : un clic peut venir d'un aperçu automatique, d'une lecture sur mobile dans un couloir, d'une journée chargée.
Réservez le niveau individuel à la remédiation. Le résultat d'une personne sert à lui proposer un module adapté, à elle et à personne d'autre. C'est d'ailleurs le fonctionnement par défaut de la plateforme, qui restitue directement le résultat au collaborateur.
Restreignez les comptes administrateurs. Chaque administrateur supplémentaire élargit le cercle des personnes voyant les comportements individuels. Limitez-les à l'équipe qui pilote réellement le programme, et revoyez la liste périodiquement.
Ne diffusez jamais de résultats nominatifs. Ni dans un comité, ni dans une newsletter interne, ni dans un classement affiché. C'est le point qui fait basculer un programme pédagogique en dispositif de stigmatisation.
Encadrez vos exports. Un export CSV de résultats sort du périmètre technique de Kamaé et devient un fichier de données personnelles sous votre seule responsabilité. Stockez-le dans un espace à accès restreint, ne le rediffusez pas par e-mail, et supprimez-le dès qu'il a servi. C'est souvent le maillon faible d'un dispositif par ailleurs conforme.
Communiquez les résultats globaux à tout le monde. Partager la tendance collective (« nous étions à 18 % de clics, nous sommes à 9 % ») entretient l'adhésion et rappelle que l'objectif est collectif.
6. Fiche de traitement à copier dans votre registre
À adapter à votre organisation. Les champs entre crochets sont à compléter.
Rubrique | Contenu |
Nom du traitement | Sensibilisation des collaborateurs aux risques cyber (micro-learning et simulations de phishing) |
Responsable de traitement | [Votre entité juridique, adresse] |
DPO / point de contact | [Nom, e-mail] |
Finalités | Former et sensibiliser les collaborateurs aux risques cyber ; mesurer l'exposition globale de l'organisation au phishing ; adapter les contenus de formation aux besoins constatés |
Base légale | Intérêt légitime du responsable de traitement (art. 6.1.f RGPD) : assurer la sécurité du système d'information et protéger l'organisation contre les attaques par ingénierie sociale |
Catégories de personnes concernées | Collaborateurs de [votre organisation] disposant d'une messagerie professionnelle [préciser : prestataires, alternants, etc. le cas échéant] |
Catégories de données | Identité (nom, prénom) ; contact professionnel (e-mail) ; rattachement organisationnel (équipe, population) ; données comportementales (ouverture, clic, soumission de formulaire, signalement, modules suivis, progression) ; données techniques associées (horodatage, adresse IP, appareil et navigateur) |
Données sensibles | Aucune. Le contenu des formulaires soumis, en particulier les mots de passe, n'est pas conservé |
Destinataires internes | Administrateurs de la plateforme désignés par [votre organisation] ; [équipe sécurité / DSI / RH selon votre organisation] |
Sous-traitant | Kamaé SAS, 10 rue de Penthièvre, 75008 Paris (plateforme SaaS de sensibilisation). [Référence et date du contrat en vigueur] |
Sous-traitants ultérieurs | Voir la liste communiquée par Kamaé (hébergement, routage e-mail, authentification, analytics) |
Hébergement | France (Scaleway) |
Transferts hors UE | [À renseigner à partir de la liste des sous-traitants ultérieurs communiquée par Kamaé] |
Durée de conservation | Durée de la relation contractuelle avec Kamaé ; suppression définitive dans les 3 mois suivant la suppression de l'utilisateur ou la résiliation. [Préciser votre propre durée pour les exports internes] |
Mesures de sécurité | Chiffrement en transit (TLS) et au repos (AES-256) ; accès par rôles ; authentification [SSO/MFA] ; base de données isolée en réseau privé ; traçabilité des accès ; audits externes et tests d'intrusion réguliers |
Information des personnes | [Référence et date du support d'information : note interne, charte informatique, intranet] |
Consultation du CSE | [Date de la consultation, référence du procès-verbal] |
AIPD | Non requise a priori (risque faible à modéré, absence de données sensibles, pas de décision automatisée). À réévaluer selon votre contexte. Kamaé peut vous communiquer les éléments techniques utiles à cette analyse |
Garantie spécifique | Interdiction d'usage des résultats des simulations à des fins disciplinaires ; finalité exclusivement pédagogique |
7. Droits des collaborateurs
Vos collaborateurs disposent des droits d'accès, de rectification, d'effacement, de limitation, d'opposition et de portabilité. Les demandes vous sont adressées, en tant que responsable de traitement : vous restez l'interlocuteur.
En pratique :
Accès : le collaborateur consulte déjà ses propres résultats depuis son espace, ce qui répond à l'essentiel des demandes sans démarche formelle.
Effacement et rectification : réalisables par vos administrateurs depuis la plateforme.
Opposition : elle s'apprécie au cas par cas, l'intérêt légitime de sécurité étant à mettre en balance avec les motifs invoqués. Votre DPO tranche.
Assistance : si une demande nécessite une intervention technique de notre part, écrivez à [email protected] et nous vous assistons dans son traitement.
8. Questions fréquentes
Doit-on recueillir le consentement des collaborateurs ?
Non, et ce serait même une erreur. Dans une relation de travail, le consentement n'est généralement pas libre au sens du RGPD. La base légale appropriée est l'intérêt légitime (art. 6.1.f).
Faut-il annoncer chaque campagne ?
Non. L'obligation porte sur l'existence du dispositif, une fois, en amont. Le caractère inopiné de chaque campagne est préservé.
Peut-on sanctionner un collaborateur qui ne fait jamais ses modules ?
C'est une situation différente de l'échec à une simulation, et elle est défendable si le caractère obligatoire de la formation a été annoncé en amont, si du temps a été alloué et si la possibilité d'une suite disciplinaire figurait dans votre cadre interne avant la collecte. Voir la section 3.
Une AIPD est-elle obligatoire ?
Rarement pour ce type de traitement : pas de données sensibles, pas de décision automatisée, périmètre limité. Votre DPO peut conclure autrement selon votre contexte. Nous pouvons alors vous communiquer les éléments techniques utiles à votre analyse.
Un manager peut-il voir les résultats de son équipe ?
C'est possible techniquement, mais à peser. Une restitution agrégée par équipe suffit généralement au pilotage ; l'accès nominatif d'un manager aux résultats de ses collaborateurs augmente sensiblement le risque perçu de contrôle. Si vous l'ouvrez, mentionnez-le dans l'information aux collaborateurs.
Peut-on conserver les résultats moins longtemps ?
La suppression d'un utilisateur entraîne l'effacement définitif de ses données sous trois mois. Pour vos besoins de suivi pluriannuel, privilégiez la conservation d'indicateurs agrégés plutôt que de résultats nominatifs.
Que se passe-t-il en cas de violation de données ?
En tant que sous-traitant, Kamaé vous informe afin que vous puissiez remplir vos obligations, dont l'éventuelle notification à la CNIL dans les 72 heures. C'est à vous, responsable de traitement, qu'il revient d'apprécier l'opportunité de cette notification.
Pour aller plus loin
Code du travail : le règlement intérieur (art. L.1321-1 à L.1322-4)
Une question sur ce sujet ? Écrivez à [email protected].
